Derniers jours à Lençóis

Du 10 au 14 mars 2012, nous nous trouvons dans la petite ville de Lençóis, à 400 kilomètres à l’est de Salvador, dans l’état de Bahia. Cette ville, qui fut un court instant la capitale du diamant au Brésil, est désormais la porte d’entrée du parc national Chapada Diamantina, ensemble de petites montagnes recouvertes de forêt, parsemées de rivières, cascades, et de formations rocheuses étranges.

Nous sommes le soir du 11 mars 2012, et alors que la nuit est déjà tombée depuis plusieurs heures, la fermeture éclair du sac de Leeloo se déchire ! Oh non ! Mon pauvre petit sac… C’est aussi mon sac de tous les jours en France, deux ans que je le trimballe. La tente est un peu trop grande et forçait sur la fermeture éclair. Nous ne voulions pas la laisser visible à l’extérieur, trop tentant. Nos copains Anaïs et Laurent s’étaient fait voler la leur comme ça. Bon, il nous faudra tenter de la réparer demain. Dur moment de la vie en itinérance. Les voyages usent beaucoup, de nombreuses choses seront à remplacer au retour… Chaussures, sacs, bâtons, appareil photo, ordinateur… Nous avions fait le choix de partir avec des affaires usagées, qui ne craignent pas la perte ou le vol, mais en contre-partie nous en faisons les frais quotidiens, mal aux pieds, mal au dos, ordinateur qui se traîne et dont les pièces détachées lâchent les unes après les autres. À bien y réfléchir je ne saurai pas trop que conseiller entre prendre des choses neuves, de qualité, mais beaucoup plus tape à l’œil et chères, ou notre option de faire avec du matériel rentabilisé.Lundi 12 mars 2012, nous prenons notre petit-déjeuner peu après 7 heures 30, quand il débute. Celui-ci est copieux et varié, peut-être pas le meilleur que nous ayons eu, mais satisfaisant. Nous faisons la connaissance de Marta, espagnole, qui étudie pour 9 mois au Brésil. Elle s’est inscrite à l’excursion du jour proposée par l’hôtel, nous lui demanderons le soir venu ce qu’elle en pense car nous hésitons aussi à la faire le lendemain. Nous partons de notre côté un peu avant 9 heures pour une petite randonnée dans les environs du village. Deux cascades semblent être atteignables facilement et décrites dans le guide de Leeloo.Nous revenons au centre-ville pour suivre en amont la rivière Lençóis. Nous dépassons la gare routière puis allons directement dans le lit de la rivière, il ne semble pas y avoir de chemin marqué.Nous croisons de multiples personnes lavant leur linge dans les eaux jaunes, paraît-il riche en fer. Cette couleur reste néanmoins suspecte, un peu comme les eaux marrons des torrents venant de l’Aconcagua.Le lit du fleuve est vraiment spectaculaire, d’immenses pierres constituées d’un amoncellement de galets pris au piège dans une roche rose pavent le chemin. L’eau s’écoule et creuse ces dalles énormes et lisses, roses et multicolores suivant la couleur des petites pierres emprisonnées. Plus loin du lit du fleuve de gros blocs de cette même roche sont noircis par les intempéries, et au premier abord j’aurais juré avoir affaire à d’anciens pans de mur, détruits et tombés.

Mais dans le creux du fleuve, il ne fait plus aucun doute, ces formations sont naturelles, peut-être d’anciens fonds marins sédimentés, ou des plages de galets pétrifiés par une lave rose. Quoi qu’il en soit le spectacle est surprenant. Nous poursuivons notre chemin au milieu de ce parterre géant et perdons rapidement trace de la route à suivre.

Mais les gars du coin sont malins et se postent dans les environs du passage délicat pour proposer leur service de guide. 60 reais pour nous mener voir nos deux cascades, Cachoeirihna et Primavera, et encore trois autres points qui valent le coût. 60 reais c’est un peu cher, alors nous déclinons et tentons notre chance, Mais 5 minutes plus tard à tourner en rond, et sur l’insistance du gars, nous négocions 30 reais pour une des deux cascades.

Cela explique le manque d’indications pour les chemins, c’est un moyen pour des guides en herbe de se faire 30 ou 50 reais par-ci par-là en trimballant quelques touristes égarés vers les points d’intérêts. C’est une façon de voir les choses, mais les sentiers très bien balisés à El Chalten, en Patagonie Argentine, ou à Pucon, au Chili, nous semblaient attirer énormément plus de touristes. Ce n’est pas très agréable ce sentiment d’être plumé dès qu’on bouge le petit doigt, de ne rien pouvoir faire par soi-même, un peu comme le côté brésilien d’Iguaçu. Nous serions beaucoup plus disposés à dépenser notre argent autrement, en achetant des cartes, des livres, ou des spécialités locales avec un sentiment de liberté si les chemins étaient tous balisés correctement.

Notre guide en herbe n’est pas très bavard mais nous raconte deux trois détails suite à nos questions. Il est né ici et n’a jamais quitté Lençóis. Il vit de guide et de petits boulots sur les chantiers. Nous passons au milieu d’une petite caverne sous les grosses roches décrites plus haut. À cet endroit elles sont friables et les artisans du coin viennent y récupérer du sable de différentes couleurs, notamment pour faire des petites bouteilles remplies de motifs.

Nous le suivons ensuite pendant une petite demi-heure avant la première cascade. Rien de bien exceptionnel, un long filé d’eau se jetant dans un petit bassin où quelques touristes pataugent. Pas vraiment impressionnés, nous donnons ses 30 reais à notre guide, attendons qu’il quitte les lieux puis nous poursuivons facilement jusqu’à la seconde cascade où nous arrivons alors que la pluie commence. Cette seconde chute d’eau, à peine plus grande que la première, expose le même scenario, avec les mêmes touristes qui avaient pris un peu d’avance sur nous…

La pluie cesse alors que nous arguions sur l’endroit où prendre notre repas, abrités sous un gros rocher. Ce sera autour de la première cascade, puis nous retournons sans encombre vers la ville, un peu déçu de ne pas avoir chercher plus sérieusement le chemin, nous l’aurions trouvé en quelques minutes de plus, tant pis pour nos 30 reais…

Nous profitons de notre passage proche de la gare routière pour acheter notre ticket de bus en direction de Brasilia, où nous désirons nous rendre par le bus du 14 mars 2012 au soir pour y arriver le matin du 15. 139 reais par personne pour deux trajets, un premier vers Seabra où nous récupérons la ligne Salvador-Goíana passant par Seabra et Brasília.

Un petit snack-bar dans la gare routière vend des jus de fruits frais pour un prix très correct, 1,5 euros le demi litre, nous prenons deux bons jus avant de retourner à l’hôtel pour finir tranquillement la journée.

Nous cherchons un hôtel chouette à Brasília, sans succès. Les hôtels à Brasília sont super chers, pas moins de 100 euros pour avoir quelque chose de correct ! Et puis les commentaires des visiteurs font tous mention d’une grande vétusté de ces bâtiments construits avec la ville dans les années 60…

Marta est déçue de sa journée, beaucoup de trajet en voiture, peu de temps sur les lieux d’intérêts, elle regrette amèrement ses 90 reais. Elle avoue toutefois que c’est un moyen de voir les points principaux du parc, mais le sentiment d’être trimballé à droite ou à gauche en voiture prédomine. Nous évaluons alors tous les trois la possibilité de faire une autre randonnée le lendemain, vers une cascade réputée plus jolie que la Cachoeirinha ou la Primavera…

Réflexion faite le mardi 13 mars lors du petit déjeuner, nous décidons de tenter de faire cette balade par nous même, vers la cascade de Sossego. Le tenancier nous averti que nous allons galérer pour trouver le chemin et passer 6 heures à lieu des 2 et demi si nous ne louons pas les services d’un guide.

Qu’importe !

Nous partons confiants avec notre carte imprécise et la certitude que si nous ne trouvons pas cette cascade, ce ne sera pas la fin du monde et nous aurons tout de même fait un tour, comme pour notre balade ratée vers la grotte de Lapão…

Marta est plus timide et elle semble avoir vraiment très peur de se perdre. Elle est même prête à renoncer lorsque les policiers militaires, à qui nous demandons notre chemin, nous certifient que nous n’y arriverons jamais, que c’est trop compliqué et dangereux.

Nous la convainquons que ce ne sont que des balivernes pour nous inciter à faire tourner le commerce local. Cette cascade est à 7 kilomètres du village, nous pouvons sans doute la manquer, mais nous perdre, avec une carte et un boussole, à trois, c’est improbable.

Il faut quand même reconnaître que nous ne savons même pas vraiment de la direction à prendre dès la sortie du village, mais une dame assise là semble dire que nous sommes sur la bonne voie. Puis un petit panneau, étrange dans le coin, nous indique un petit sentier menant à la cascade.

Le chemin n’est pas très compliqué, nous hésitons simplement à un moment mais deux touristes et un guide qui passent devant nous a cet instant, nous renseignent sur la bonne voie. Une fois à la rivière, qui ressemble un peu au Río Lençóis, avec de gros rochers constitués de galets agglomérés, nous sommes rassurés. Un sentier poursuit vers l’amont, puis il disparaît et commence alors un jeu de pistes pour trouver sur les grosses pierres dans le lit de la rivière des flèches dessinées. Sans doute queqlues touristes comme nous qui tentent de lutter contre cette domination des guides locaux voulant le contrôle de tous les touristes !

Toutes ces flèches nous mèneront jusqu’à la cascade, avec toutefois un passage un peu complexe, où, avouons-le, sans l’aide des trois personnes que nous avions suivi au début, nous n’aurions peut-être jamais trouvé. Il fallait en effet se glisser sur une énorme pierre pour bifurquer à côté d’un bassin qui barrait la route. Nous marquons nous aussi notre voie avec de nombreuses flèches, espérant assister les futurs nous qui passeraient dans le coin.

La cascade est superbe, grande chute d’eau au milieu des rochers, petite étendue d’eau à son pied où, bien sûr, quelques touristes pataugent (pour changer). Ce ne sont pas les chutes d’Iguaçu, mais cette jolie cascade isolée, dans ce canyon sous le beau ciel bleu, avec ses eaux jaunes un peu étranges, c’est beau et agréable.

Quatre personnes sont déjà sur place et une dizaines d’autres arriveront pendant notre pause déjeuner, nous aurions eu du mal à nous perdre avec tous ces gens qui passent !

Nous prenons notre casse-croûte ici en admirant le paysage, Marta fait trempette. Nous profitons encore un peu avant de reprendre le chemin du retour, qui se passera sans encombre. Nous accompagnons Marta jusqu’à la gare routière, en écoutant ses injures contre le patron de l’hôtel qui lui a fait payer 15 reais d’extra car elle est arrivée plus tôt que le check-in à son entrée dans les lieux. Marta s’en va le soir même, mais trop fière pour payer 10 reais la douche à l’hôtel, elle préfère aller se laver dans la rivière, sacrée Marta !

Nous dégustons un nouveau jus de fruit frais au terminal de bus, ils sont vraiment bons et pas chers, puis nous retournons profiter de notre dernière soirée à Lençóis…

Soirée un peu désespérée ou Guy me fait encore des misères. Mon disque dur externe refuse de démarrer, le disque dur interne est mort depuis longtemps. Il n’y a plus de connexion Internet et je ne sais pas comment me dépatouiller avec grub-rescue, un mode de secours pour le chargeur de démarrage sous linux.

J’ai bien cru devoir tirer une croix sur Guy, mais le Soleil, euh, Internet, revient et tout s’arrange. Enfin, presque, Guy n’est quand même plus trop en forme, son alim montre des signes de faiblesses et parfois elle n’est plus assez puissante pour entraîner le disque dur externe qui s’arrête, provoquant perte de données et de moral, arrachage de cheveux et de poils, envie de rentrer à la maison couper du bois.

J’ai écris de billet trois fois, alors j’espère que vous allez en profiter !

Mercredi 14 mars 2012, départ pour Brasilia.

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