Minas Gerais et les cités d’or

Du 29 février au 3 mars 2012, nous avons visité avec les parents de Leeloo quelques villes de l’état du Minas Gerais qui firent leur fortune avec les mines d’or découvertes dès la fin du 17ème siècle. Rapidement les villes locales grandissent et Ouro Preto avait alors quatre fois plus d’habitants que New York, les colons affluaient. Au cours des siècles de nouveaux gisements sont trouvés, d’autres se tarissent, ou perdent leur rentabilité avec la baisse du prix de l’or ou l’augmentation du coût de la main-d’œuvre. Aujourd’hui beaucoup des mines sont fermées, mais ces petites villes gardent des signes de leur riche et glorieux passé.

La route en partance de Rio est assez chargée. C’est une deux fois deux voies s’apparentant à une autoroute. La conduite n’est pas, pour l’instant, plus complexe que sur le périphérique parisien. Nous avançons à bonne allure pendant une petite heure, nous éloignant de la grande ville. Assez rapidement l’autoroute monte et zigzague dans les collines, les pentes sont parfois importantes pour une autoroute, et notre petite voiture peine un peu, chargée de nous et tous nos sacs. Au détour d’un virage, la circulation s’arrête subitement. Le problème semble sévère alors nous coupons le moteur, regardant quelques peu inquiets la file de voitures immobiles aussi loin que nous pouvons voir.

Notre attente est courte, environ quinze minutes plus tard les voitures lointaines commencent à avancer, nous suivons sous peu. La circulation reprend lentement. Nous croisons sur les bords de la route de nombreux petits étalages vendant des fruits, des tapis, des bibelots… À plusieurs reprise nous voyons des personnes pousser des brouettes remplies de bouteilles de soda, sans doute pour vendre aux voitures, mais est-ce si commun d’avoir de gros ralentissements, nous sommes tout de même sur une autoroute !

Mais l’explication est différente, nous apercevons bientôt de multiples bouteilles de soda sur le bas côté, et le nombre de passants s’intensifie jusqu’à la source, un camion dont la cargaison de boissons lui a faussé compagnie, s’étalant sur plusieurs dizaines de mètres le long de la voie. Plusieurs voitures se sont arrêtées pour récupérer quelques bouteilles de guarana, le coca local, et entre curiosité et prudence, le trafic s’est bloqué.

Cette péripétie passée, la route reprend normalement, toute en virage le long des collines. C’est très joli et nous arrivons bientôt en vue de Petropolis, ancienne résidence royale du temps de Pedro II, au moment de la déclaration d’indépendance du Brésil. Nous ne faisons qu’y passer et continuons notre chemin pour faire une pause déjeuner vers 14 heures, alors à une centaine de kilomètres de Rio, sur le bord de l’autoroute, proche de l’entrée d’un hôtel. Nous verrons un nouveau camion complètement renversé sur l’autoroute, mais cette fois-ci sa cargaison d’immenses tuyaux métalliques ne déplace pas les foules.

Changement de pilote et c’est reparti. Encore 200 kilomètres, charmants, entre colline et forêt, montant et descendant, avant notre destination, Tiradentes, petite ville de 6000 habitants du Mina Gerais. Nous n’y arrivons à la nuit tombante, notre hôtel est dans le centre, et nous avons le temps de faire un petit tour dans la charmante ville. Des rues pavées de grosses pierres contrastent avec les maisons blanches aux fenêtres colorées. L’église surplombant la rue principale est très jolie et les collines environnantes, presque montagnes, nous sommes à 1000 mètres d’altidude, remplissent le ciel bleu tirant vers la nuit.

Séance photo terminée, nous dînons de nos restes au coin du lit de notre chambre. Le petit hotel, une pousada, n’était pas très cher, mais il est tout à fait convenable, dans une petite maison typique, un peu réparée bricolo mais propre et calme.

Il fait frais la nuit !

Tiradentes est à plus de mille mètres d’altitude et les nuits sont fraîches ! Nous dormions la fenêtre ouverte et sans couverture, l’ayant retirée orgueilleusement sans peur de la nuit. Mais du plus fort de notre sommeil le froid nous a traîné pour supplier notre couette de revenir. Nous aurions sans doute pu simplement fermer la fenêtre, mais l’évidence change dans la fatigue et le noir, toute chose basique nous semble parfois incommensurable, comme se lever le matin pour aller faire pipi.

Nous nous réveillons avec le jour, il n’est pas 6 heures, et nous partons promptement pour une visite de la ville dès 7 heures, car le petit-déjeuner n’est servi qu’à 8. La petite bourgade est toujours aussi jolie, et nous sommes même en retard pour les photos, le Soleil étant déjà trop haut, la lumière magique du matin est partie.

Le petit déjeuner est très correct pour le prix, cette petite pousada vaut vraiment la peine. Nous mangeons avec appétit mais reprenons vite la route, il n’est même pas neuf heures. J’ai quelques remords à donner si peu d’argent pour notre nuit, mais 35 euros restent toutefois le prix correct pour la prestation, ce sont les autres hotels qui abusent un peu…

Nous revoilà sur la route dans notre Fiat, direction São João del Rei, ville toute proche elle aussi sur la route de l’or. Malheuresement l’église principale semble fermée, une autre, ouverte, est bien terne alors nous ne traînons pas et reprenons la voiture avant même que les deux reais laissés pour le parking de deux heures ne soient consommés.

Nous arrivons dans la cité de Congohnas une heure trente plus tard, les routes sont plus sinueuses et pentues, par ici, et notre vitesse moyenne doit avoisiner les 60 km par heure. Nous saluons notre présence d’esprit d’avoir pris un GPS avec la voiture, les rares panneaux et les villes labyrinthiques construites sur des collines nous auraient sans doute achevés. Heureusement la voix autoritaire et anglaise de notre guide nous amène au pied de la Basílica do Senhor Bom Jesus de Matosinhos en un clin d’œil.

Dès notre parking, un jeune nous propose de garder un œil sur notre voiture, nous refusons, le coin n’a pas l’air si mal famé, espérons qu’il n’appellent pas ses potes pendant notre visite pour nettoyer notre carrosse, car nous avons l’intégralité de nos affaires à l’intérieur ! Une autre personne enchaîne Leeloo rapidement pour proposer ses services de guide. Nous sommes un peu réticents, il ne parle que portugais et cela impose à Leeloo de tout retraduire, mais finalement ils nous emène en bas du chemin de croix qui fait face à l’entrée de l’église.

Ce chemin de croix est l’œuvre principale d’un sculpteur de talent, fils d’une esclave et d’un portugais, surnommé le « petit estropié » à cause d’une maladie, sans doute la lèpre, qui le consumera jusqu’à la mort. Aleijadinho sculptera des statues de bois incluses dans les 6 chapelles devant la basilique plusieurs scènes de la vie de Jésus. Ses statue sont saluées pour leur réalisme et les multiples clins d’œil dissimulés par leur auteur.

Certains soldats ont les couleurs portugaises, pour marquer l’opposition d’Aleijadinho à la couronne, d’autres ont les chaussures droite et gauche inversées, même s’il n’y avait pas de différence de chausse avant le moyen âge, pour signifier la douleur de sa condition d’estropié. Il s’inclue lui-même en spectateur de certaines scènes ; il remplit ses statues de détails minutieux, donnant vie à ces bouts de bois.

Suivant les 6 chapelles et les multiples éléments de la vie du Christ, 12 statues de stéatite, pierre meuble, représentent douze prophètes de l’ancien testament, chacun avec son expression et son message. Il fait une chaleur terrible sous le Soleil quasiment au plus haut. Le guide raconte tout son savoir y compris les moindres détails, et nous restons plus d’une heure sous une pluie d’UV au meilleur de leur forme.

Dans la basilique, il est interdit de prendre des photos, alors je n’en parlerai pas. C’est un principe idiot, ils empêchent de montrer et de partager, et nous avons décider de ne rien dire de ce que nous pouvons montrer, cela n’existe pas à nos yeux. Le chemin de croix vaut la peine, la vue sur la ville est très spectaculaire avec le ciel bleu, et les mélanges entre la religion et les revendications de l’époque sont intéressantes. Mais l’intérieur de la Basilique, il craint.

Nous voilà repartis dans la fraîcheur de notre voiture, après un heure trente de chemin de croix sous le Soleil. Notre prochaine ville-étape est Ouro Preto, où nous devons dormir. Notre hôtel, une pousada, est en plein centre-ville, c’est top mais pas super simple d’accès. La ville est comme beaucoup d’autres du coin construite au milieu des montagnes, dans un enchevêtrement de rues plus pentues et tordues les unes que les autres.

Une fois installés, nous partons vite à la découverte de cette ville, toujours avides de nouveautés. Comme beaucoup de villes brésiliennes, elle est abondamment fournie en églises, qui sont parmi les meilleurs témoins de son passé glorieux. Ouro Preto fut une des plus grande ville des Amériques, et, peu après la découverte d’or dans le coin, dans les années 1700, sa population était quatre fois plus importante qu’à New York.

Il est 16 heures passées et nous n’avons pas encore déjeuner, alors nous grignotons dans une petite boutique vendant des pains fourrés et autres gourmandises, puis nous repartons visiter.

Les mines d’or firent la fortune de beaucoup et de multiples maisons retracent la richesse de l’époque. L’ensemble du centre ville est pavé, les maisons uniformes sont presques aussi jolies qu’à Tiradentes. Mais Ouro Preto est plus de dix fois plus grande, avec 60 000 habitants. Nous marchons le long des rues centrales alternant églises, boutiques de bijoux, petits restaurants et habitations…

C’est charmant, et nous restons jusqu’à la nuit à tourner, monter et descendre ce petit bijou avant de rentrer pique-niquer dans notre hôtel, sans doute ancienne ferme réhabilitée. Charme rustique et sympathie du tenancier nous font rapidement aprécier ce joli endroit.

Nous avons une très grande chambre avec un lit double et deux lits simples. La vue en contre-bas sur la ville est très spectaculaire. L’isolation sommaire nous fait profiter des bruits de la ville, mais cela ne nous gêne guère pour passer une bonne nuit.

Vendredi 2 mars 2012, le jour levant me réveille dès 5 heures 30, il faut dire que la nuit tombant à 18 heures 30, nous nous couchons très tôt, le wifi ne marche pas depuis notre chambre, trop loin de l’accueil… Je l’ai déjà dit, mais le fuseau horaire est un peu étrange, il fait jour de 5 heures 30 à 18 heures 30, nous serions moins surpris par un jour entre 7 heures et 20 heures, mais cela nous permet de garder un décalage moins important avec la France !

Le petit déjeuner de notre nouvel hôtel est à 7 heures 30, cela me laisse le temps d’écrire pour le blog et de faire la lessive. Leeloo ne se sent pas très bien, un mal de gorge et de tête la garde au lit jusqu’à l’heure du petit déjeuner. Ravitaillement effectué, nous prenons la voiture en direction de Mariana, petite ville voisine ayant aussi bénéficié de cette providence d’or. La ville est sans doute un peu moins remarquable qu’Ouro Preto, mais nous pouvons, pour 2 reais, photographier l’intérieur des églises, dont deux se trouvent face à face sur la même place !

L’église São Pedro dos Clérigos est la plus notable, en haut d’un petit mont, elle surplombe la ville et l’ascension de son campanile permet d’accéder à une vue presque panoramique du coin, un quart étant masqué par l’épine dorsale de dragon que forme le toit ondulé en tuiles rouges de l’église.

Nous contemplons la vue puis décidons de rejoindre le centre ville pour manger dans un petit restaurant du coin. Nos guides parlent d’un restaurant au kilo, ces restaurants proposant des buffets où la nourriture se paye en pesant l’assiette. De nombreux prix existent, des bas de gamme à 15 reais le kilo, environ 7 euros, aux plus gourmets à 30 ou 40 reais le kilo. Celui-ci, Lua Cheia, propose quelques plats typiques du Minas Gerais pour 25 reais le kilo. C’est très bon et nous goûtons quelques pôtées à base de haricots noirs et de farofa, puis terminons par des bouts de mangue et d’ananas frais. Il n’y a pas vraiment de buffet desserts, mais les fruits frais sont très bons.

Nous repartons ensuite de Mariana en direction d’Ouro Preto et sur le chemin faisons une halte à l’ancienne mines d’or de Passagem. Cette mine a été ouverte dans les années 1700, et fut définitivement fermée en 1985. Au cours du 20ème siècle, elle avait déjà connue des fermetures, quand le prix de la main d’oeuvre était trop haut ou le cours de l’or trop bas pour la rendre rentable.

La visite de la mine est très sommaire, nous descendons dans un petit wagon à 250 mètres sous-terre pour parcourir les quelques galeries encore ouverte. Le guide n’est pas très bavard et ne donne que des indications rapides. C’est bien dommage car les trentes kilomètres de galeries auraient pû être l’occasion d’évoquer la vie des mineurs au cours des siècles, leurs outils, leur condition de travail dans les âges traversés, jusqu’aux revendications sociales du vingtième siècle et la fermeture de la mine.

Cette mine ne comportait pas de pépite d’or, simplement de la poudre d’or mélangée à d’autres minéraux, de l’arsenic, de l’argent… Une tonne de roche remontée donnait environ 4 grammes d’or, pourtant la production était au plus fort de 3 à 4 kilogrammes d’or par jour avec le travail de 3000 personnes.

Si le cours de l’or des années 80 a fait fermer cette mines, le cours de 2010 pourrait la rouvrir ! Des compagnies étrangèrent cherchent en effet à la racheter pour la remettre au travail, moyens modernes et prix astronomiques du kilo d’or aidant.

C’est surtout la personne qui manœuvre le petit train, à l’extérieur de la mine, qui nous en apprend le plus. Il a travaillé 4 ans dans la mine, et 33 ans à la faire visiter aux touristes. Mais il a quelques secrets comme une toute petite pépite d’or trouvée dans le fleuve voisin qu’il ne montre qu’aux gens sympas.

Bien content d’avoir pu converser avec ce brave homme, nous reprenons le chemin de l’hôtel pour y terminer tranquillement la journée, demain, nous reprenons la route !

Et oui, en ce samedi 3 mars 2012, nous voilà repartis en direction de Rio de Janeiro. 400 kilomètres nous sépare de l’aéroport. La route se passe sans encombre et nous effectuons une petite pause à Petropolis, ancienne résidence royale, pour jeter un œil au palais impérial.

Quasiment au même endroit qu’à l’aller, nous croisons de nouveau un camion avec son chargement de boissons renversé, de la bière cette fois-ci, il y a plus de monde pour en récupérer ; mais des militaires sont déjà sur place et tentent tant bien que mal de surveiller la cargaison… Décidemment, c’est un coin à connaître pour récuperer les trucs « qui tombent du camion ».

Vers 18 heures, après voir rendu la voiture de location, nous grignotons un dîner sur le pouce avec nos restes de nourriture, puis nous décollons à 21 heures piles avec la compagnie Webjet pour Foz de Iguaçu.

Je suis tellement fatigué qu’aussitôt assis dans l’avion je m’endors, sans même assister au décollage !

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