Carlos Pellegrini ou les animaux en folie

Nous partons en 4×4 directement de l’hôtel Papillon dans le Nissan rouge (!) de Hugo. Ses grands parents, Suisses, se sont vus attribués un bout de terre à Carlos Pellegrini quand ils ont quitté l’Europe début 1900 à la recherche d’un monde meilleur. Ils s’installèrent alors dans ce coin paumé de chez paumé pour y élever des vaches. Un siècle plus tard, Hugo possède une posada à Carlos Pellegrini, c’est une sorte de gite, et il fait office de taxi entre Carlos Pellegrini et Posadas pour les touristes.

Aucune route goudronnée n’existe pour venir dans ce petit village de 700 habitants et 70 touristes, et si un bus fait l’aller-retour chaque jour avec la petite ville de Mercedes au sud, il n’y a aucun moyen de venir de la ville de Posadas simplement.

Nous aurions pu rebrousser chemin sur une partie de notre trajet, vers Paso de los Libres, en six heures de bus, puis aller à Mercedes, 1 heure de plus, et enfin finir à Carlos Pellegrini, 4 heures plus tard, mais l’expectative d’une journée entière voire deux de transport un peu galère nous a rebuté au point que nous acceptions de payer les 950 pesos du 4×4 de Hugo, soit tout de même 180 euros…

Je recommande cependant à toutes les personnes voulant venir à Carlos Pellegrini de passer par Mercedes via Corrientes ou Paso de los Libres, c’est bien plus économique. Pour rejoindre Posadas ensuite et visiter les missions jésuite, si on ne veut pas payer un 4×4, il faudra revenir en arrière jusqu’à Paso de los Libres pour choper un bus qui va vers Posadas.

Nous devrons payer en liquide, et nous avons donc retirer beaucoup d’argent, près de 1500 pesos. Toutefois une fois décompté les 950 pesos pour Hugo, nous avons un peu peur de ne pas avoir assez pour nos quelques jours à Carlos Pellegrini, il n’existe aucun distributeur dans le village, les gens doivent se rendre à Mercedes pour retirer de l’argent.

Le 4×4 de Hugo n’est pas climatisé, assez vieux, et je n’ai pas de ceinture à l’arrrière, pas plus de poignée au plafond pour m’accrocher un peu. Ce n’est pas problématique pendant les 250 premiers kilomètres d’asphalte, mais les choses deviennent plus casse-cou quand Hugo continue à foncer à 110 km/h sur la piste de terre, parfois inégale ce qui me vaut des sauts au plafond spectaculaire.

Je manque plus d’une fois de m’assomer pendant les 3 heures du trajet le long d’élevage de vaches sans charme, mais nous arrivons tous deux vivants vers 17 heures au camping Ibera, juste à côté de la lagune Ibera, au bout du village de Carlos Pellegrini.

Le camping est charmant, des abris avec électricité et barbecue séparent les emplacement des tentes. Le charme a un prix : 90 pesos pour notre première nuit. Mais cela reste bien moins onéreux que les 110 euros de l’hôtel le plus abordable du coin, deux nuits ici rembourseront notre tente ! Après avoir payé la première nuit, il nous reste 410 pesos. Nous réservons aussi la ballade sur le lac le lendemain, 140 pesos à deux, 270 pesos en poche.

Nous hésitons un peu avant d’élire notre emplacement puis inaugurons notre premier jour de camping avec cette tente Montagne toute neuve. Rien d’exceptionnel toutefois ce n’est qu’une tente à 120 euros, un peu juste pour nous deux et nos sacs, mais tant qu’il ne pleuvra pas à seaux nous pourrons laisser les sacs devant l’entrée qui possède un petit espace abrité.

Nous nous inscrivons pour une randonnée en bateau le lendemain matin à 7h15, la meilleure heure paraît-il pour voir la faune locale. Nous en avons toutefois un aperçu sur le camping même puisque un jacaré, une espèce de caïman, se repose dans l’eau juste devant le camping. Nous entendons et voyons aussi tout autour de nous des dizaines d’oiseaux différents, des minuscules et des très gros, qui vivent leur vie sans trop faire attention à nous.

Une fois installés, nous partons en reconnaissance de l’autre côté du pont qui traverse la lagune, en direction de Mercedes et où se trouve le parc national Los Esteros del Ibera. Il nous faut près de 45 minutes pour arriver au parc, il n’est pas tout près, et manque de pot le parc ferme à 20h et il est 19h30…

Nous nous autorisons tout de même un petit tour, et nous avons le plaisir de rencontrer dans un premier temps un renard aprivoisé, qui vient nous faire des poutous, et un capybara en plein milieu du chemin, une sorte de marmotte géante de 60 cm de haut et bien 80 cm ou 1 m de long, c’est le plus gros rongeur du monde ! Nous n’aurons pas la chance de voir des singes dans notre petit tour, ce sont les seuls primates du coin, mais ils sont timides…

Le parc fermant, nous reprenons la direction du camping, et un grésillement sourd nous fait regretter d’être restés si longtemps, des nuages d’insectes se sont levés aussitôt le Soleil couché, formant des zone sombres dans les lueurs du couchant. Nous accélérons le pas, courant même, mais heureusement si les bêtes nous tournent autour, rentrent dans nos narines et notre bouche, elles ne piquent pas ! C’est une chance parce que je ne sais pas trop comment nous aurions fini dans le cas contraire…

Nous arrivons au camping la nuit complètement tombée, il n’est que 20 heures 30 pourtant. N’ayant qu’une toute petite lampe, nous ne traînons pas et nous rentrons dans notre tente pour notre première nuit avec elle…

Nous avons un peu chaud au début puis un peu froid au petit matin, mais nous dormons bien. Notre seul duvet suffisant à nous protéger de la fraîcheur.

Lever tôt pour le départ en barque directement depuis le camping à 7h30 passées, nous avons le temps de refaire un petit tour dans les environs du camping, déjà rempli d’animaux.

La première demi-heure du trajet en bâteau est un peu décevante, nous avançons simplement en direction de l’autre rive, où nous ne voyons que deux martins pêcheurs et quelques oiseaux communs. Mais petit à petit, en nous enfonçant dans les recoins de la lagune, nous découvrons bientôt des dizaines de jacarés, des centaines d’oiseaux différents et quelques gros capybaras qui broutent de l’herbe ou nagent dans l’eau en mangeant des roseaux.

Leeloo prend des centaines de photos, elle avait choisi de prendre son téléobjectif et cela lui permet d’avoir des vues superbes, même si parfois nous sommes tellement proche des animaux qu’elle n’a plus assez de recul !

Le guide nous explique quelques trucs, mais ne raconte pas grand chose dans l’ensemble, le spectacle est de toute façon devant nos yeux, et il nous serait impossible de retenir les noms de tous les oiseaux que nous voyons.

Nous retournons au camping vers 9h30, et nous entreprenons de rechercher un bus pour le lendemain matin en direction de Mercedes, d’où nous espérons pouvoir aller à Paseo de los Libres, et ensuite au Brésil.

La chaleur est paralysante ! Il n’est que dix heures du matin mais le petit village de Carlos Pellegrini nous paraît gigantesque tellement le mondre déplacement est écrasant. Les habitations sont assez éparses et le village doit s’étendre sur un carré d’environ 1 km de côté, et les 4 km que nous parcourons pour faire le tour des trois compagnies offrant des services vers Mercedes nous abasourdissent pour le reste de la journée, pendant laquelle nous ne feront plus rien. 80 pesos de bus, 190 pesos en poche.

Notre volonté de parcourir un second sentier dans le parc avant sa fermeture, de 17 à 19h, s’étiole à mesure que la température sur le petit thermomètre-boussole que m’a offert Leeloo monte. Nous le regretterons peut-être, mais nous avons quand même eu notre dose de bestioles et nous en profitons pour travailler un peu sur le blog et trier les photos. Nous payons notre deuxième nuit, 70 pesos, 20 pesos d’admission sont en effet décompté le premier jour. Restent 120 pesos. Nous mangeons le reste de notre salade de pate aux oeufs-saucissons que nous avions conservés dans les deux récipients en plastique que j’avais achetés pour pas cher à Santiago.

Nous faisons un dernier petit tour à la nuit tombante pour voir les animaux se réveiller avec la pénombre, je dis au revoir au petit oiseau et ses deux bébés qui parcouraient les feuilles de nénuphars à la recherche d’insectes. Nous nous couchons vers 21 heures, Nous avions déplacé la tente pour avoir un peu plus d’ombre, en pleine journée j’avais tenté de contredire Leeloo en m’y plaçant pour faire la sieste, mais j’étais bien vite ressorti en sueur quelques minutes plus tard, il y faisait plus de 50 degrès !

Réveil à 3 heures 20 pour départ du bus à 4 heures. Oui, vous avez bien lu. 4 heures du matin.

La nuit à Carlos Pellegrini, les animaux deviennent fous, les chiens aboient à la mort, tous, des dizaines ou des centaines de chiens. Les coqs chantent sans interruption, de multiples insectes grigrissent de tous les sens, plusieurs oiseaux chantent, il n’y a guerre que les chevaux qui ne hénissent que de temps en temps. C’est un peu flippant à trois heures du matin, nous avons vraiment l’impression que la ville entière est soumise à un envoûtement.

Heureusement, nous fuyons dans le petit bus ultra-climatisé pour 40 pesos par personne.

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